QUEL EST L´AVENIR DE L´ENERGIE NUCLEAIRE?

Dans quelle mesure nos centrales nucléaires garantissent la sécurité et pourquoi elles gênent notre voisin autrichien? Dans la rubrique "SUR L´ARETE" les députés du parlement slovaque Juraj Hrasko (Parti de la Gauche démocratique) et Anton Juris (Coalition Démocratique Slovaque - Parti des Verts) échangent leurs opinions sur ces ques-tions, mais aussi sur d'autres. Le rédacteur ªubomír Mestánek est modérateur de ce débat.

Au début du décembre 1998 la Commission Européenne a recommandé à la République slovaque de réévaluer sa position portant sur l´exploitation de la centrale nuclé-aire de Jaslovské Bohunice. Quelle attitude avez-vous adopté par rapport à cette question?

J. Hraško: J´avoue avoir été un de ceux qui ont déclaré, il y a cinq ans, qu´il faudrait commencer le démantèlement du bloc V 1 à Jaslovské Bohunice immédiatement après la mise en service de la centrale à Mochovce. A l´époque, je considérait cette revendication comme naturelle. Depuis ce temps là, de nouvelles opinions concernant la longévité des centrales nucléaires sont devenues prépondérantes et, en même temps, aujourd´hui, nous nous rendons compte mieux qu´auparavant des conséquences sous forme de coût énorme du démantèlement, compte tenu notamment de notre situation économique actuelle. En même temps, j´ai eu la possibilité de me con-vaincre personnellement à Bohunice que de réelles précautions ont été prises, qui ont, par exemple, empêché l´année dernière tout incident de se produire. Donc, l´année dernière, l´exploitation de la centrale a été, en fai,t la moins dangereuse de toute son histoire. A mon avis il ne faut avoir aucune crainte à condition que notre Office de Surveillance Nucléaire fonctionne bien et que nos spécialistes, qui représentent le top niveau mondial, travaillent de manière responsable dans le cadre de l´Institut de recherche de l´énergie nucléaire.

Evidemment la revendication de l´Union Européenne est légitime et compréhensible. Dans cette revendication on parle du besoin "d´assurer la sécurité de l´exploitation de la centrale nucléaire au niveau mondial, pour qu´elle réponde aux standards mondiaux". De ce point de vue, si la centrale à Bohunice est sûre et si aucune panne ne survient, je ne vois aucune raison de la démanteler tout de suite. Le démantèlement devrait avoir lieu immédiatement lorsque les premiers si-gnes traduisant l'obsolescence, où un défaut au niveau de la garantie de sécurité, se présentent, ou lorsque la centrale commence à perdre le standard de sécurité exigé par les autorités de la sécurité nu-cléaire ayant une influence à l´échelle mondiale. Je suis persuadé que l´opinion des gens qui réfléchissent sobrement, au sein de la Commission Européenne et de l´Agence Internationale pour l´énergie atomique à Vienne, n´est pas différente.

A. Juriš: Les discussions sur le démantèlement du bloc V 1 à Bohunice ont commencé peut être au moment de sa construction, et la revendication de l´Union Européenne est sans doute motivée notamment par l´effort de l´Autriche dans ce domaine. L´attitude des habitants de ce pays .- à mon avis justifiée - est témoigné par l´interdiction de la mise en exploitation de la centrale nucléaire à Zweutendorf, déjà terminée, juste avant de sa mise en service. Nous avons certaines expériences négatives avec l´exploitation de la centrale nucléaire à Jaslovské Bohunice, étant donné qu´en 1977 le bloc A 1 est tombé en panne. Ce bloc était une petite centrale non-standard, qui n'a été mise hors service qu' après un second accident. Cependant, pour des raisons financières, elle n´a pas encore été démantelée parce que, pendant ce temps là, la construction très coûteuse de deux grandes centrales nucléaires, aujourd´hui pratiquement achevée (une à Bohunice et l´autre à Mochovce), était en cours. Je sais que, pour des raisons de contamination, il est beaucoup plus difficile de démanteler une centrale nuclé-aire en panne, mais en fait, notre économie n´a pas les moyens pour le faire même aujourd´hui. Pourquoi? Parce que, par exemple au cours des dernières années, la seule reconstruction du Bloc V 1 à Jaslovské Bohunice a coûté 6 milliards de couronnes à peu près. Evidemment, il faut tirer profit de ces investissements, mais, d´autre part, la décision elle-même de l´Electricité de Slovaquie et du gouvernement précédent concernant l´utilisation de ces 6 milliards résulte de l´effort de prolonger la longévité de la cen-trale. Si cette somme avait été utilisée à la reconstruction des centrales thermiques dans l´intérêt d´une amélioration écologique, ces centrales auraient pu travailler à plein rendement, et nos mineurs au-raient pu avoir du travail.

Selon les arguments de l´époque soutenant la construction des centrales nuclé-aires, ces dernières devraient nous éviter d´importer de l´énergie électrique. Cette information était fausse étant donné que, dans le passé, la raison des importations de l´électricité n´a pas été son défaut, mais un prix inférieur au nôtre. En même temps, nos centrales ne travaillaient pas à plein rendement, et le potentiel de nos centrales thermiques n´a pas été utilisé du tout. Et encore autre chose. Les amendes pénalisant la pollution étaient peu élevées, et ne stimulaient pratiquement pas les directions des centrales thermi-ques à utiliser des technologies plus écologiques, limitant les émissions de souf-fre et de poussière. Cette situation s'est un peu améliorée, mais la législation ne reflète pas encore tout à fait les impératifs écologiques. Donc quant à Jaslovské Bohunice, ceci est le revers de la médaille.

Compte tenu de l´existence d'engagements et de procédés internationaux, il faut bien réfléchir à ce qu´il faut faire pour que notre décision ne soit pas nuisible, si elle n´est pas profitable, à notre ambition d´adhérer à l´Union Européenne. Le fait de ne pas adhérer à l´U-nion Européenne en ce moment aurait pour conséquences des dommages économiques indéniables. D´autre part je comprends aussi l´effort de nos responsables dans le domaine de l´énergie de continuer encore à exploiter le bloc énergétique V 1 à Jaslovské Bohuni-ce, étant donné qu´il est déjà amorti sur le plan des investissements. Il produit de l´électricité au coût de l´exploitation, donc c'est une des moins chères. Je sais, qu´il n´est pas facile d'y renoncer à cause des dettes énormes dues à la construction de la centrale nucléaire à Mochovce. Probablement, il sera nécessaire de trouver un compromis. Mais le compromis ne peut pas être fait dans un domaine et celui de la sécurité. Je suis d´accord que la sécurité doit être sur tous les plans le critère décisif et numéro 1 dans le processus de prise de décision sur la future existence de la centrale nu-cléaire V 1 à Jaslovské Bohunice. S´il existe un seul signe de danger concret, nous devons arrêter son exploitation à tout prix. Comme je le sais, ce n´est pas aujourd´hui le cas.

Si la centrale de Jaslovské Bohuni-ce n´est pas du tout dange-reuse -opinion qui est partagée par les experts de renommée mondiale - comment expliquer les attaques permanentes de la part de la population et des hommes politiques autrichiens dont l´objet est les centrales nucléaires slovaques et tchèques, mais pas la centrale nucléaire hongroise à Pakš ou le grand nombre de centrales nucléaires en Allemagne?

A. Juriš: Pakš se trouve au SE de l´Autriche etm dans nos latitudesm prédomine la circulation atmosphérique du NO. C´est pourquoi les autrichiens ont moins peur de Pak‰ que de Temelín, Dukovany ou Bohunice. Les centrales nucléaires allemandes de ce type ont le système de sécurité "confinement", tandis que les nôtres ont seulement le système russe de "barbotage". Ce dernier est aussi relativement fiable, mais depuis l´accident à Tchernobil, les occidentaux n´ont pas confiance en lui, malgré le fait que la catastrophe n´a pas été provoquée par sa défaillance, mais par le facteur humain - les employés n´ont pas réagi comme il le fallait.

J. Hraško: Je n´ai pas l´intention de sous-estimer les risques propres à la production d´énergie nucléaire, qui est indéniablement propre sur le plan écologique. Evidemment le risque d´accident et le problème des déchets nucléaires existent. Mais il faut se poser aussi la question : comment s´y prendre, comment réagir au développement de la civilisation et à tout ce qui est en relation avec lui. Souvent, le psychisme humain joue un rôle décisif, et revêt des formes et des manifestations divers. En Allemagne, j´ai été témoin d´une tentative des "verts" allemands d´empêcher de leur propre corps le départ du transport leurs corps une haie afin que les déchets puissent quitter le territoire allemand le plus vite possible! Le psychisme humain est quelquefois vraiment imprévisible, si vous utilisez, dans une ambiance favora-ble, une démagogie appropriée, vous arrivez à convaincre les gens de tout.

Les partis politiques autrichiens jouent la carte des centrales nucléaires pour en tirer un capital politique. Avant le rassemblement électoral à Kysucké Nové Mesto j´ai demandé à mes amis de la région, ce qu´il faudrait dire pour avoir du succès. Ils m´ont répondu qu´il faudrait injurier les Hongrois et le succès serait sûr. En Autriche il est aujourd´hui à la mode d´injurier la production d´énergie nucléaire en Slovaquie et en République tchèque. Le succès (ou les votes) de celui qui le fait est garanti. Par exemple, c´était le cas de Mme Maria Rauch-Kalat, qui était ministre au moment où j´étais ministre de l´environnement. Après notre rencontre, elle s´est vantée à la maison de la manière dont "elle m´avait exprimé l´opinion des autrichiens qui ne souhaitaient pas se faire irradier par le combustible nucléaire de la Slovaquie". De ces mots a pratiquement résulté - ou il en devait résulter - que les Slovaques n´y tenaient pas, comme si en revanche nous, en Slovaquie, nous souhaitions être irradiés, comme si nous voulions nous suicider. Du moins il était possible de comprendre ses mots de cette manière là.

Si nous parlons de l´énergie nucléaire comme d´une solution temporaire d´acquérir de l´énergie, nous ne voulons pas dire qu´il s´agit d´une orientation définitive. Les risques nous sont bien connus. Nous parlons d´une certaine période de transition, qui va, à côté de l´énergie de plasma, probablement évoluer vers une sécurité plus élevée.

A. Juriš: Actuellement, nous avons une certaine conception énergétique. Le programme du nouveau gouvernement slovaque parle de sa réévaluation. Compte tenu du progrès scientifique, il ne serait pas rationnel de construire à Mochovce les blocs V 3 et V 4. Si les blocs V 1 et V 2 fonctionnent à Mochovce et à Bohunice le combustible nucléaire assurera 70% de nos besoins en énergie. Les centrales thermiques et hydrauliques ne pourront ainsi travailler que pendant les heures de pointes, ce qui aura d´autre part pour conséquence une importante non-rentabilité, surtout des centrale thermiques, étant donné que cette situation nécéssitera de les mettre souvent hors service et de les réchauffer ensuite.

Quel rôle joue la France dans le développement technologique des cen-trales nucléaires, étant donné que ce pays a construit un potentiel d´énergie nucléaire assez important, et que les sociétés françaises intervenaient beaucoup, par exemple pendant les travaux finaux à Mochovce?

A. Juriš: Autant que je sache, la France produit 70% de son énergie élec-trique à partir du combustible nucléaire, et elle a donc relativement beaucoup de centrales nucléaires. La fermeture de certaines d´entre elles est déjà en cours, les Français ont ainsi des expériences dans le domaine de leur démantèlement, ce qui est très précieux. Leur technologie est relativement de haut niveau, mais elle est assez chère.

J. Hraško: J´apprécie surtout le fait, que la France a réussi de créer un système de sécurité très fiable pour les cas de panne. Dans ce domaine, mais aussi dans d'autres, nous avons, pendant la construction de Mochovce, étroitement collaboré avec la société française EDF et la société allemande Siemens. La coopération a été utile aussi pour les Français, parce que des centrales aussi gigantes-ques que les nôtres à Mochovce et à Jaslovské Bohunice ne se construisaient pas dans leur pays.

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