Une commande française qui vient en aide

Comment cela peut-il finir quand son crédit moral amène sur le fauteuil présidentiel un humaniste, et place entre ses mains le destin de l'industrie de l'armement ? Le résultat est comparable à un scalp sans anesthésie.

L'infrastructure de production de la Slovaquie d'avant novembre 1989 méritait bien le nom de musée industriel, mais cela ne concernait pas ce qu'on appelait les industries spéciales qui pro-duisaient annuellement pour 19 mil-liards de couronnes de techniques d'armements. Ensemble avec la République tchèque, l'exportation annuelle de 1 milliard de dollars d'armement avait permis à la Tchéco-Slovaquie de se hisser au 11ème rang des pays exportateurs d'armement. A titre de comparaison : au £seuil de la conversion de l'industrie d'armement en Tchéco-Slovaquie, l'URSS exportait pour 46 milliards de dollars d'armement, les Etats-Unis pour 21 milliards. Avant la Tchéco-Slovaquie, les plus gros exporta-teurs d'armement étaient Israël, le Brésil, les Pays-Bas, l'Italie, l'Allemagne, la Grande Bretagne, la Chine et la France.

Les plus gros clients des productions d'armement tchéco-slovaques étaient les pays du Pacte de Varsovie, qui achetaient, chaque année, pour 17 milliards de couronnes d'armement sur un volume annuel de production de 30 milliards; le reste allant en Lybie, Syrie, Irak, Iran et d'autres Etats.

La décision de reconvertir la production d'armement a provoqué en 1000 jours une chute de la production slovaque de 91%, l'industrie d'armement slovaque battait ainsi un record mondial original. Les pertes dans les 38 entreprises d'armement ont dépassé 10 milliards de couronnes et 160 000 employés ont commencé à souffrir d'incertitude quant à leur avenir. Le groupe Závody tazkého strojárstva Martin (ZTS) s'est retrouvé à terre, un groupe dont faisaient partie 12 entreprises et 7 instituts de recherche, qui employait 85 000 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel s'élevait à 2 milliards de dollars.

Une partie des établissements du groupe s'est effondrée, une autre s'est atomisée, certains enfin ont survécu au prix d'une traversée du désert difficile. Pohronské strojarne a.s., Hlinik nad Hronom en est un exemple. Ce n'est qu'après les 7 ans du rè-gne de la reconversion que cet ancien partenaire de ZTS Martin a enregistré les premiers signes montrant que la prospérité commençait à poindre. De la fabrication d'équipement du génie pour les tanks qui représentait jusqu'en 1990 60% de l'ensemble de la production de l'usine, aux locomotives pour les mines en passant par les aspirateurs industriels et la fonderie qui sont devenus les nouveaux atouts du programme de restructuration de la fabrication, son parcours a croisé des écueils tels la baisse du nombre d'employés, la réduction au minimum des investissements dans la modernisation technologique, et une série continue d'années marquées par les chiffres rouges d'une gestion à perte.

Le pilier de l'existence actuelle de cette société est la fonderie qui, depuis la créa-tion de l'entreprise en 1950 jusqu'à aujourd'hui, a conservé une place essentielle au coeur de l'entreprise mécanique. Avec 23% de la production, elle se maintient depuis longtemps dans une position leader par rapport aux différentes activités. Les acheteurs de produits en fonte grise sont des entreprises allemandes, autrichiennes, belges, italiennes et françaises, vers lesquelles est écoulé 35% du volume de production.

Les locomotives minières qui circulent dans les sous-sol de la République tchèque, de l'Ukraine, de la Russie, de l'Estonie ont, elles aussi, des destinataires étrangers. Le clou de la pénétration de cette société sur les marchés étrangers est l'accord signé avec un partenaire chinois pour la création d'une entreprise commune de montage d'équipements miniers. Les 10 locomotives qui cons-tituent la participation de Pohronské strojarne sont en voie d'achèvement.

Dans le domaine de la fabrication et de la vente d'aspirateurs industriels, la société a reçu deux commandes étrangères, de Hongrie et de République tchèque.

Chacune des activités mentionnées par la contribution qu'elle a apporté, a contribué à l'accroissement des exportations qui sont passées de 35% en 1997 à 50% l'année dernière. Comme le souligne le directeur commercial, la coopération avec les entreprises françaises a eu un poids prépondérant dans l'accroissement des exportations. Hormis l'achat de pièces de fonderie en fonte grise, ont été également vendues en France des machines agricoles pour les vendanges et la récolte des olives. C'est là le résultat d'une coopération avec un fabricant français renommé de machines agricoles, la partie slovaque de cette coopération reposant sur la fabrication de constructions soudées en tôles et de pièces profilées spéciales en acier, ainsi qu'en finitions selon les plans fournis. Le partenaire français titulaire de la licence se limitait seulement à fournir des composants spéciaux.

L'accroissement annuel de 15% des exportations est pour Pohronské strojarne une importante contribution à son optimisme qui a des raisons de persister cette année encore : la coopération avec le partenaire français a en effet été prolongée au delà de décembre de l'année dernière et janvier de cette année; les résultats auront sans aucun doute une influence positive sur le bilan économique de la société, et cela également pour l'année 1999.

L'étendue et les résultats de la coopération industrielle et commerciale de Pohronské strojarne avec ses partenaires étrangers en dehors d'une preuve de la réussite de son marketing, constituent également un encouragement aux entreprises étrangères : il est donc avantageux d'investir dans l'industrie mécanique en Slovaquie. En effet une crise de conversion ne peut durer éternellement.

Jozef Stiegel

Slovak Trade FORUM