Deux opinions provenant de la scène politique slovaque

La France est la France

La France est un pays d´une histoire riche; au cours des temps modernes, elle était la seconde puissance coloniale du monde, et le numéro 1 sur le plan de la culture et de la diplomatie... Quoique sa puissance économique relative et son influence soient moindres que par le passé, elle figure toujours parmi les puissances mondiales de premier rang, et elle jouit partout d´un grand respect. Dans les années suivant la seconde guerre mondiale, la France se caractérisait par une approche particulière en matière de processus d´intégration, qui a commencé après la création du monde bi-polaire sur les deux côtés de l´océan Atlantique et, plus tard, au sein de l´Europe. Ces attitudes spécifiques persistent toujours, et beaucoup de gens se posent la question : "pourquoi?". S´agit-il de fierté, d´égoïsme ou d´instinct de conservation concernant sa propre identité dans le monde actuel devenant de plus en plus universel? Ou bien le pays du coq gaulois est-il un cataliseur des tendances intégrantes et centrifuges du vieux continent? Les réponses des deux députés du parlement slovaque - experts en matière de la politique internationale, le premier membre de la coalition gouvernementale, et le second membre de l´opposition - aux questions de notre rédacteur Lubomír Mestánek, témoignent que, même en Slovaquie, les opinions relatives à la France sont, de ce point de vue, différentes (attention, pas d´un point de vue général).

  1. Est-ce-que vous pouvez caractériser la position de la France dans la situation géopolitique ac-tuelle et notre besoin de coopérer avec ce pays?
  2. Comment percevez-vous la France sur le plan de l´économie, de la culture et de la politique? Qu´elle impression fait-elle sur vous sur le plan des processus d´intégration euro-atlantiques - qu´est-ce-qui prédomine, les tendances d´intégration ou celles de séparatisme ?
FRANTIŠEK ŠEBEJ
(Coalition Démocratique Slovaque - Parti Démocratique), président du Comité du Conseil National de la République slovaque pour l´Intégration européenne et membre du Comité étranger du Conseil National de la République slovaque.
  1. Malgré le fait que, pendant la majeure partie de l´exis-tence de l´OTAN, la France n´était que son membre politique, et ne faisait pas partie de ses structures militaires, elle était toujours un des membres les plus importants de l´Alliance Atlantique, de même que de l´UE. Dans ses décisions relatives à la politique étrangère, elle gardait toujours une certaine autonomie et, sur le plan géopolitique, son rôle était, en tout cas, inhabituellement important du fait de sa puissance économique et militaire, de même que de la possibilité d´influencer le sort de l´Europe. Les rapports avec la France font partie des relations bilatérales de la Slovaquie les plus privilégiées parmi celles avec les pays de l´Europe occidentale, et sont probablement aussi importantes que les relations avec l´Allemagne ou la Grande Bretagne.
  2. La France est un pays admirable, qui a réussi, par exemple, à développer son propre programme spatial et, dans le cadre de ce programme, à placer ausi sur orbite des satellites d'autres pays européens. Elle a ses propres technologies militaires, et son propre programme thermonucléaire, de sorte qu´elle fait sans doute partie des pays les plus importants et les plus influents du monde. Néanmoins, elle n´est pas uniquement une puissance technologique. Sans la France, il est difficile d´imaginer la culture européenne ou le concept politique européen moderne de la démocratie libérale. Tout simplement, la France c´est l´Europe. Par ailleurs, vis-à-vis du bloc communiste, elle ne se comportait pas toujours conformément à mes souhaits.
  3. Dans le passé, pendant la période du régime communiste, je ne percevais pas, "de l´intérieur" du système totalitaire, certaines positions, déclarations et décisions de la France, comme bien choisies et favorables. Elle avait souvent une autre opi-nion que les autres pays de l´Ouest en ce qui concerne les activités de l´URSS et, même au sein de l´ONU, elle votait et elle se comportait souvent d'une manière qui semblait ne pas être tout à fait loyale par rapport à ses partenaires de l´OTAN. Il paraît que la France tente de renouer avec son importance diplomatique d´autrefois par l´intermédiaire d´une certaine lutte de concurrence contre les Etats-Unis, et il semble quelquefois qu´elle cherche à réduire l´influence des Etats Unis en Europe, moyennant le slogan d´une politique européenne en matière de défense. Je ne considère pas cette tendance comme favorable. Je préférerais plutôt une France un peu plus proche des activités des Etats-Unis ou de la Grande Bretagne.

IRENA BELOHORSKÁ
(Mouvement pour une Slovaquie Démocratique), membre du Comité étranger du Conseil National de la République slovaque et du Comité du Conseil National de la République slovaque pour l´Intégration européenne.
  1. Dans le cadre de l´espace européen, la France est un des rares pays ayant une politique européenne constante et pondérée, de même que des relations constantes et pondérées avec les autres puissances de l´Europe. Elle est aussi le seul pays d´Europe ayant une position permanente par rapport à la politique des Etats Unis. Les Français peuvent nous servir d´exemple, non seulement du fait de leurs attitudes de principe, mais aussi grâce à leurs relations vis-à-vis de leur propre pays, à leur patriotisme, à leur amour de leur pays, et, en même temps, personne ne peut les accuser de nationalisme. Il peuvent nous apprendre, non-seulement à être fiers à notre histoire, mais aussi à se rendre compte, que l´adhésion à l´UE ne signifie pas forcément la restriction de nos intérêts nationaux.
  2. Il est difficile de répondre à cette vaste question; je préfère me servir de quelques exemples afin de met-tre en évidence certains faits. La France fait tout pour faire imposer son propre marché de médias ; à la différence de presque tous les autres pays, les programmes et les informations d´origine américaine n´y prédominent pas. Les Français n´ont jamais cédé, et ils n'ont jamais laissé entendre, qu´ils sacrifiraient, par exemple, une marque de parfum à l´unité européenne. Ils comprennent l´Union Européenne comme l´unification et l´enrichissement du marché, et pas comme une répression de ses spécificités nationales. La France est une des rares puissances mondiales qui ne se cache pas de s´intéresser à l´OTAN seulement dans la mesure où elle est reconnue dans l´Alliance en tant que partenaire équivalent. En tant que responsable de la mission permanente du Conseil National de la République slovaque au sein de l´OTAN, j´ai eu la possibilité de participer au débat de son Comité politique. Dans la discussion, le ministre fran-çais de la Défense de l´époque a expliqué que son pays serait obligé de réexaminer la question de sa future appartenance à l´OTAN si les demandes et les exigences des Français n´étaient pas satisfaites. L´enjeu était, à l´époque, non seulement la prise de décisions en commun, mais aussi un commandement commun.
  3. Il est difficile de dire si l´expression des intérêts nationaux est perçue comme un élément de séparatisme dans un contexte de tendances intégrantes européennes et transatlantiques. A mon avis, un des membres de l´Union Européenne et de l´OTAN ne devrait pas avoir des droits plus importants que les autres membres.

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