La Slovaquie - un nouvel Etat démocratique avec de belles perspectives

Avant de venir en Slovaquie, Albert Turot a été, pendant quelques années, Ambassadeur de France en Finlande. Il a vécu aussi une expérience de dirigeant de la mission européenne de conciliation en ex-Yougoslavie, avec de nombreux voyages en Bosnie et en Croatie. Depuis le 12 octobre 1996, il représente la France en République slovaque.

Votre Excellence, la Slovaquie, depuis les changements survenus en 1989, manifeste ses ambitions d'adhérer aux structures politiques, économiques et de sécurité de l'Union Européenne. Vous êtes le témoin d'une évolution dans no-tre pays, vous suivez les événements, tant sur le plan poli-tique que sur le plan économique. Comment percevez-vous l'évolution de notre pays?

Dans la question que vous me posez, je vois plusieurs aspects. Si vous me demandez ce qui m'a frappé le plus dans l'évolution de la Slovaquie en deux ans, j'aurais tendance à vous répondre que j'ai vu cette évolution surtout dans ce qui transparait dans la réalité quotidienne, dans ce qui frappe la vue. Peut-être ceci est-il un peu élsion à l'Union Européenne...en apparence un peu éloigné. Ce qui m'a le plus frappé, c'est l'évolution des villes en Slovaquie. Il y a deux ans, quand je suis arrivé, le centre de Bratislava était encore quasiment en ruine. Toutes les grandes maisons autour de la place où se trouve l'Ambassade étaient en réparation, et certaines encore au stade de démarrage de la réparation. Seul ce palais, dans lequel nous nous trouvons, avait été complètement rénové...Maintenant, la place entière est neuve, et je crois qu'elle fait honneur à la ville de Bratislava et à la Slovaquie, et cela s'est fait en moins de deux ans, c'est assez extraordinnaire. Mais on a eu la même évolution, ou révolution, à Banska Bystrica, Kosice et même dans des villes moins importantes. Presque toutes les villes, grandes, moyennes, quelque- fois petites, de Slovaquie ont maintenant refait leurs centres. C'est une performance remarquable. Ce qui frappe également à Bratislava, c'est le nombre de voitures dans les rues. Quand je suis arrivé il y a deux ans, on circulait à l'aise, on se garait facilement...Maintenant, certains jours, des personnes de l'ambassade arrivent en retard, comme un peu partout dans le monde, parcequ' il y a des embouteillages et qu'elles n'ont pas pu passer. Alors, je ne sais pas si c'est un progrès mais, en tout cas, c'est un changement important. Un autre aspect : ce qu'on trouve dans les magasins...Je me souviens que, quand je suis arrivé, si on voulait certains produits de toilette ou autres auxquels on est habitué, il fallait traverser les frontières. Maintenant, on les trouve en général à Bratislava, grâce au ciel, parce qu'il n'est plus possible de passer la frontière à cause des embouteillages à cette frontière. C'est, d'une certaine façon, une quatrième réponse à votre question, ces mouvements amplifiés avec le pays voisin, l'Autriche, mais aussi avec la République tchèque. Voilà, donc, ce qui a beaucoup changé et qui frappe...il y a certainement d'autres choses qui ont changé mais qu'on voit moins.

Si l'on passe maintenant à un sujet plus sérieux : l'évolu-tion de notre pays sur le plan politique. Vous venez d'un pays qui connait le système démocratique depuis des siècles. Je trouve que nous, nous nous habituons, ou bien nous essayons de remettre en place les principes démocratiques. Voyez-vous une évolution aussi sur ce plan?

Je comprends le sense de votre question, mais on pourrait discuter sur votre qualification des choses plus sérieuses. Je vous assure que dans un système démocratique, c'est à dire un système dans lequel le peuple a de plus en plus voix au chapitre, les problèmes de stationnement, d'aprovisionnement, de circulation, sont des problèmes importants et qui souvent pour, disons le citoyen moyen, sont même plus importants finalement que de savoir qui est au gouvernement. Mais peut être cet état d'esprit ne se produitil que lorsqu'on a une longue habitude de cette forme de démocratie que nous avons en Europe occidentale. C'est vrai qu'il y a aussi, dans ce domaine de la politique gouvernementale, une évolution importantes en Slovaquie et, en particulier, elle s'est manifestée au mois de septembre dernier avec les nouvelles élections. On peut se demander si c'est simplement un changement de majorité, ou si ce n'est pas plutôt une étape nouvelle dans la vie politique de la Slovaquie qui, après cinq années passées à se chercher, à organiser son nouvel Etat, commencerait maintenant à avoir des structures politiques plus comparables à celles des pays d'Europe en général. je crois qu'-il y a une nouvelle génération qui arrive au pouvoir, c'est ce que m'a dit M. Dzurinda (le premier ministre slovaque) dans les premiers jours. J'ai eu l'occasion d'échanger quelques mots avec lui...et dire que c'était peut-être aussi un changement de génération. Donc, avec un état d'esprit différent, une vision de l'Europe qui est moins nationale et peut-être plus continentale, plus institutionnelle. Ce que je remarque, c'est que les premiers voyages du nouveau gouvernement se sont beaucoup fait vers Bruxelles et donc, peut-être ceci dénote-t-il une vision de l'Europe un peu différente de celle du passé et, en tout cas, évidemment, d'une volonté bien arrêtée d'accélerer la procédure d'adhésion à l'Union Européenne.

Donc, nous avons des chances d'adhérer à l'Union Européenne ?

Les Etats de l'Europe ont, d'après le Traité de Rome, un véritable droit à entrer dans l'Union Européenne, pourvu qu'ils en remplissent les conditions. Donc, dès que la Slovaquie aura rempli les conditions sur les différents plans - politique, administratif, économique- elle pourra entrer dans l'Union Européenne. S'il y a une période d'attente, ce n'est pas véritablement une hésitation de la part de l'Union Européenne, c'est parce que l'on veut que l'élargissement soit réussi, et qu'il faut que les candidats soient prêts, en particulier sur le plan économique. Lorsqu'on a eu un régime économique et politique tellement différent pendant plusieurs dizaines d'années, on ne peut pas s'adapter tout de suite au système de marché libre; qui est un système extrêment dur, où c'est la concurrence qui fait la loi, et les structures slovaques n'y résisteraient pas.

On dit que la Slovaquie est le centre de l'Europe...

La Slovaquie revendique hautement le fait d'être le centre de l'Europe. C'est vrai en partie, c'est vrai géographiquement, étant entendu tout de même qu'on sait où commence l'Europe, et qu'on ne sait pas où elle finit. Quand je dis où elle commence, je vais de l'ouest vers l'est parce que c'est le plus facile. Il est évident qu'elle commence à l'Atlantique mais, ensuite, on ne s'est jamais mis d'accord sur les frontières de l'Europe. Pour certains géographes, elles sont dans l'Oural, aux alentours de l'Oural. Alors, à ce moment là, c'est vrai, si l'on prend cette frontière-là, géographiquement - mais c'est une frontière un peu artificielle, il faut bien le dire : pourquoi s'arrêter là, pas avant, ni après. Dans ce cas là, la Slovaquie est à peu près au centre de l'Europe. Mais si l'on prend une frontière un peu plus politique, c'est à dire l'Union Européenne, actuellement la Slovaquie n'est pas au centre de l'Union Européenne, elle est à sa périphérie et, quand elle y entrera, elle sera, pendant un certain temps, l'une des frontières justement de l'Union Européenne. Donc, vous voyez que ce problème géographique n'est pas simple...Cette position centrale de l'Europe apporte, d'ailleurs, un certain nombre d'avantages, peut-être, mais aussi de devoirs à la Slovaquie.

En parlant des "points forts"de la Slovaquie Son Excellence l'Ambassadeur de France en Slovaquie, M. Albert Turot, a constaté qu'il fallait les voir en terme humain. "C'est un peuple qui sait travailler, qui est joyeux de vivre. Pour des français, une qualité évidente est que l'on aime bien vivre, on aime la vie en Slovaquie, on aime boire du vin, on aime la gaité, on a une culture qui, par bien des côtés, ressemble à la culture française...

Iveta Pustajovská

Slovak Trade FORUM